Beaucoup de labels se créent un peu par hasard : une rencontre, un coup de cœur… Il en fait assez simple de se lancer. Mais si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté et maîtriser votre investissement sur le long terme, mieux vaut respecter certaines étapes-clé et être attentif à divers aspects. C'est pourquoi nous avons rédigé ce petit guide simplifié avec des liens vers des ressources qui pourront vous être utiles quel que soit votre stade de développement.

Avant toute chose, sachez que pour devenir producteur de musique, il faut avoir la capacité de gérer beaucoup de tâches à la fois et de garder la motivation coûte que coûte… c'est un métier aussi passionnant que complexe !

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Au cœur du projet : la musique

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Le modèle économique

Les finances, le marché, le cas de l'auto-production et la structuration juridique.

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Les particularités administratives du label

La convention collective de l'édition phonographique et les royautés.

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L'intérêt des sociétés civiles

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Les contrats

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La distribution

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Le budget de production

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La stratégie marketing et de communication

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Aides et soutien à la production

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Conseils de pros

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❶ Au cœur du projet : la musique

Il existe une multitude de motivations pour créer son propre label : accompagner la carrière d’un artiste, développer son propre catalogue, investir dans la création, etc. Avoir une vision précise d'un projet artistique est un aspect fondamental, la curiosité et une oreille expérimentée sont des atouts supplémentaires.
Le·la producteur·rice indépendant·e est avant tout un·e convaincu·e qui est prêt·e à jouer sa chemise pour une musique ou un artiste qu'il·elle aime. Pour continuer à produire, étoffer son catalogue d'artistes est moins simple qu'il n'y paraît... les coups de cœur ne sont pas légion, et cela peut prendre du temps. Le plus simple est d'écumer la scène locale et de naviguer sur des sites tels que Bandcamp qui foisonnent de groupes non signés.

❷ Le modèle économique

La structuration juridique

L’association
C'est bien le souvent le moyen le plus simple et le plus rapide pour produire son premier album. Aucun capital de départ n’est nécessaire. Il faut être minimum 2 personnes pour la déclarer afin d'ouvrir un compte en banque et éventuellement, recevoir des subventions. Il faut notamment bien préciser dans les statuts si vous vendez de façon habituelle des produits et services et respecter les pré-requis de l’association (Assemblées Générales, Conseils d’Administration, Bureau).
Comme toute organisation privée, votre association est assujettie à la taxe sur les salaires, l’impôt sur les sociétés, l’impôt forfaitaire annuel, la taxe professionnelle et la taxe d’apprentissage (qui dépendent de vos charges et dépenses). En revanche, elle n'est pas soumis aux impôts commerciaux que sont la TVA, l’impôt sur les sociétés et la cotisation foncière des entreprises (CFE), jusqu'à un certain seuil. En savoir +
L’association a un caractère non lucratif, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de partage des bénéfices entre les sociétaires. Après quelques années, il est tout a fait possible de faire évoluer l'association vers une autre structure.
A noter :
- qu'il est déconseillé aux artistes-interprètes de siéger dans les organes exécutifs d’une association chargée d’administrer et de diffuser leurs productions artistiques puisque celle ci doit être gérée de manière « désintéressée ».
- les bandes masters appartiennent à l’association mais peuvent être revendues, même pour un tarif symbolique, à une autre structure.
- l'’association ne peut pas devenir éditeur associé de la Sacem et gérer les droits d'auteurs.
- l'association n'est pas éligible aux aides du FCM et de la SACEM.

SARL ou SAS ?
L'avocat spécialisé Didier Félix propose sur son site une étude comparative détaillée entre SAS et SARL qui sont les deux formes les plus courantes pour débuter une entreprise de production. Découvrir.

Pour aller plus loin, vous pouvez contacter les chambres de commerce de votre département ou lire les articles détaillés du site CCI Business Builder.

 

Les finances

Diriger un label nécessite un énorme investissement en temps, et un apport conséquent en argent. Presser des disques, les envoyer par la poste, réaliser des campagnes de promotion… tout cela coûte de l'argent. Devenir rentable nécessite de la patience et de la créativité et il faudra internaliser beaucoup de tâches au début, même si certaines dépenses sont incompressibles pour le lancement. Évaluez combien votre salaire représente de disques vendus… et rappelez-vous que le salaire moyen dans l’industrie phonographique, c’est le SMIC.

Le cas de l'auto-production

Bien que ce type de label soit de plus en plus fréquent, il comporte quelques contraintes que les autres labels n'ont pas. Pour vos partenaires, l'auto-production peut se confondre avec de l'auto-promotion : les distributeurs, les journalistes, les financeurs auront du mal à faire la part des choses entre l'artiste, et le commercial. Cela ne doit pas vous empêcher de vous lancer, au contraire – essayez simplement de déléguer certaines tâches.

Le marché

Les ventes de disques ont chuté de moitié depuis 10 ans, mais l’économie du streaming n'est pas encore assez rentable pour compenser cette perte. Aujourd'hui le phonogramme (titre fixé sur un support) et son exploitation sont l’essence même du modèle économique de notre secteur. Chaque esthétique a sa propre particularité économique qu’il est important de prendre en compte dans votre réflexion. Par exemple, le rap est majoritairement présent sur le streaming alors que la techno a toujours vendu ses vinyles à l’international et que le rock indé trouve encore sa place en CD, dans les rayons des grandes enseignes.
Avant de se lancer, il est donc nécessaire de comprendre le circuit traditionnel de l'industrie de la musique enregistrée, mais aussi, d'être en veille sur les innovations constantes dans le secteur. Pour autant, la création est toujours aussi vive et la production très active – cela signifie que chacun peut avoir sa place !

❸ Les particularités administratives du label

La convention collective de l’édition phonographique

Depuis 2008, la CCNEP régit le métier de producteur phonographique et elle est étendue depuis 2009. En théorie, cela signifie que toutes les entreprises ayant cette activité majoritaire ont l'obligation de l'appliquer, pour les salariés permanents (annexe I), les techniciens (annexe II) et les artistes (annexe III)... En pratique, elle est très difficile à appliquer pour les labels TPE car ces minimas n'ont pas été étudiés en fonction du niveau économique des indépendants. A noter que pour solliciter et obtenir des subventions auprès des Sociétés Civiles, il est impératif d'appliquer ses minima sociaux concernant les artistes.

Pour aller plus loin, lire notre article à ce sujet.

Les royautés

En plus du cachet dû en contrepartie de l’autorisation d’enregistrer ses prestations accordées par l’artiste-interprète, qui a la qualité de salaire, le producteur phonographique verse aux artistes-interprètes des redevances (appelées royalties ou royautés), en contrepartie de l’autorisation de reproduire leurs prestations sur des supports phonographiques ou audiovisuels et de la communication au public de ces prestations.
L'usage, en France, varie entre des taux indexés sur le Prix de Gros Hors Taxes, et des contrats dits « anglo-saxons » ou « 50/50 » - qui partage les gains équitablement entre les artistes et les producteurs à partir du moment ou le disque est rentabilisé.
Ces redevances ne sont soumises à aucune TVA mais à la CSG (contribution sociale généralisée) et à la CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale).

Pour aller plus loin, téléchargez un modèle de relevé sur notre site.

❹ L'intérêt des sociétés civiles

Les sociétés civiles ont une mission de gestion et de protection des droits des producteurs et des artistes. Historiquement la SPPF est issue de la SCPP, en entité dédiée aux indépendants. Aujourd’hui les frontières sont beaucoup moins délimitées et c’est souvent l’accès aux subventions qui décide le label à s’affilier à l’une ou l’autre. En pratique, la société civile des producteurs vous permet de :
   Générer la racine du code ISRC et la création des suivants (en savoir plus)
   Déclarer ses supports : phonogrammes et vidéogrammes.
   Déclarer les ventes physiques et numériques à l’année.
   Obtenir ses droits (copie privée et droits voisins du droit d’auteur).

La SPPF et la SCPP collectent et répartissent au producteur le droit voisin du droit d’auteur (voir ici quelques définitions)
La SACEM gère le droit d’auteur.
L'ADAMI gère les droits de propriété intellectuelle. Elle répartit aux artistes-interprètes leurs droits issus de la copie privée, de la rémunération équitable et des droits exclusifs (accords collectifs et spécifiques) pour la diffusion de leur travail en France et à l’étranger.
La SPEDIDAM gère les mêmes droits que l’ADAMI à destination des artistes accompagnateurs.

A chaque projet, il est utile de produire un document de référence : le label copy, la carte d’identité du disque, qui regroupe toutes les métadonnées, les données qui permettent de décrire une œuvre et de la tracer dans les réseaux numériques. Il est utile pour vous, en document de référence mais aussi lors du mastering, de la distribution (physique ou numérique), etc.

❺ Les contrats

Les maisons de disques peuvent produire et éditer (pour certaines, distribuer), dans ce cas, l’artiste ou le groupe signe un contrat d’enregistrement dit « exclusif ».
Elles peuvent uniquement éditer : le producteur (qui peut être une structure adossée à un artiste ou à un groupe) produira la bande-mère ou master et signera un contrat dit « de licence » avec la maison de disques qui prendra en charge la fabrication, la promotion et la distribution. Elle distribuera soit elle-même, soit par le biais du distributeur avec lequel elle a passé contrat.
Enfin une structure de production, artiste ou groupe, peut décider de supporter aussi les frais de fabrication et de promotion et signera un contrat de distribution avec une société qualifiée. Ce cas relève alors de l’auto-production. La conduite d’un projet de disque nécessite donc que l’on ait défini au préalable l’objectif de l’artiste ou du groupe et que l’on ait mesuré les implications, notamment financières, qui résulteront du choix de cet objectif.

Pour aller plus loin, Les contrats de la musique par Pierre-Marie Bouvery (éditions IRMA, mis à jour 2018)
Pour les adhérents de la FELIN, retrouvez nos modèles de contrats en ligne.

❻ La distribution

La distribution est un élément essentiel pour que les fans accèdent à la musique, qu'elle soit physique ou numérique. Le hic, c'est que les distributeurs n'intègrent en général à leur catalogue que les labels qui ont déjà vendu des disques et peuvent afficher un planning des prochaines sorties. Il faut donc faire preuve de créativité et commencer par distribuer soi-même. Bandcamp est une option complète et gratuite pour développer un projet musical. La VPC et le merchandising (à la fin des concerts) demeurent des canaux de vente en direct non négligeables.
Ensuite, en fonction de l’esthétique de vos projets, de votre stratégie, votre développement et possibilités, vous définirez avec votre distributeur les canaux de distribution et les quantités à fabriquer.
La plupart des sociétés civiles, demandent un contrat de distribution physique et/ou numérique pour attribuer une aide financière.

Pour aller plus loin, retrouvez la liste exhaustive des distributeurs dans l'Officiel de la Musique (éditions IRMA, 2017)

❼ Le budget de production

Réalisé en amont, cet outil permet au producteur de s’organiser, de mener au mieux le projet musical et d’en faire le bilan. Régulièrement mis à jour il permet d’appréhender la viabilité et la faisabilité du projet... Vous en aurez aussi besoin pour demander des subventions et assurer leur suivi et justification.

Pour aller plus loin, la FELIN proposera bientôt un modèle de budget de production.

❽ La stratégie marketing et communication

Au regard des coûts importants, la stratégie marketing basée sur la publicité est devenue rare chez les labels indépendants. La campagne virale, bien ciblée et relayée reste la pratique la plus utilisée actuellement. Les outils de communication classiques sont :
   Pages des réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Twitter
   Site web de l’artiste qui regroupe toutes les informations (biographie, tournée, photos) et tous les liens.
   Des comptes Youtube, Spotify et Deezer enrichis (photos, bios) et animés.

En fonction des moyens dont vous disposez et de la pertinence du projet, vous pourrez faire appel à un·e attaché·e de presse.

Pour aller plus loin, L’Artiste, le Numérique et la Musique de Emily Gonneau (éditions IRMA, 2016)

Aides et soutien à la production

Aide à la production, au développement, à l’innovation, crédit d’impôts, IFCIC, la palette des subventions et aides financières qui s’offrent à vous sont détaillés dans un article dédié.

Pour aller plus loin, lire notre article à ce sujet.

Conseils de pros

Rien ne vaut le témoignage de labels ayant déjà plusieurs années d'expérience !

Pour aller plus loin, lire les interviews de nos adhérents dans la rubrique "Label Expérience(s)"

Article rédigé avec la participation de :   Didier Felix – Avocat expert en propriété intellectuelle et droit des affaires.   Jean-Noël Bigotti – Auteur du livre « Je monte mon label » aux éditions IRMA, Chargé de mission FRACA-MA   Culture de Gestion – expert-comptable au service du secteur culturel.